Chaque matin, je dis « bonjour ». Chaque matin, la vieille femme est là. Mais ce matin, sa porte est fermée. Ce matin, la femme n'est pas là. Et moi, j'ai peur.
Mais je vais trop vite. Alors je commence par le début.
Je m'appelle Inès. Je n'aime pas le matin. Mais j'aime un matin : ce matin. J'habite dans une petite maison. La maison est vieille. Mais j'aime ma maison.
À côté, il y a une autre maison. Dans cette maison, il y a une femme. La femme est vieille. Elle est très vieille.
Je ne sais pas son nom. Elle ne sait pas mon nom. Mais ça va. Elle est ma voisine.
Chaque matin, c'est la même chose. Je sors de ma maison. La vieille femme est devant sa porte. Elle est là, chaque matin.
« Bonjour », je dis. « Bonjour », dit la femme. Et c'est tout. Juste « bonjour ».
C'est un petit mot. Mais j'aime ce petit mot. Chaque matin, « bonjour ». Chaque matin, la vieille femme.
Le matin, je vais au travail. Le soir, je vais à la maison. La femme n'est pas là le soir. Mais le matin, elle est là.
Toujours là. Avec son café. Avec son chat.
Ah oui, il y a un chat. Un petit chat gris. Le chat est vieux, lui aussi. Le chat reste près de la femme.
« Bonjour, chat », je dis. Le chat ne parle pas. C'est un chat. C'est normal. Mais j'aime ce chat.
J'aime ce petit matin. La femme, le chat, le « bonjour ». C'est ma vie. Et ça va.
Un jour, c'est lundi. Je sors de ma maison. Je regarde à côté. Et là, oh !
La femme n'est pas là. La porte est fermée. Le chat n'est pas là. La maison est calme.
C'est bizarre. La femme est toujours là. Chaque matin, elle est là. Mais pas aujourd'hui.
Bon. Ça arrive. Elle dort, peut-être. Elle est fatiguée, peut-être. Je vais au travail.
Mais au travail, je pense à elle. Je pense à la vieille femme. Je pense à sa porte fermée. C'est bizarre, vraiment bizarre.
Le soir, je vais à la maison. Je regarde à côté. La porte est encore fermée. Toujours fermée.
Maintenant, j'ai un peu peur. Elle est malade, peut-être. La femme est seule. Une vieille femme, toute seule.
Je vais devant sa porte. La maison est calme. Trop calme. Je ne sais pas quoi faire.
Je regarde la porte. Je regarde encore. Et puis, je tape à la porte. Toc, toc, toc.
Pas de bruit. Je tape encore. Toc, toc, toc. « Madame ? » je dis.
« Madame, ça va ? » Je reste là. Je reste devant la porte. Toujours pas de bruit.
Mon cœur va vite. J'ai vraiment peur. La femme est vieille. Et la porte est fermée.
Je regarde la fenêtre. La fenêtre est noire. Je ne vois pas la femme. La maison est trop calme.
« Madame, je suis là ! » je dis. « Je ne pars pas ! » Je reste devant la porte. Et j'écoute.
Je tape encore une fois. « Madame, c'est moi ! » « C'est la voisine ! » « Madame, tu es là ? »
Et là, un bruit. Un petit bruit. Derrière la porte. La femme est là !
La porte est ouverte, lentement. Et je vois la vieille femme. Elle est là. Elle va bien. Oh, merci ! Elle va bien.
« Oh, c'est toi », dit la femme. Sa voix est faible. « Oui, c'est moi », je dis. « Ça va, madame ? »
« Je suis fatiguée », dit la femme. « Très fatiguée aujourd'hui. » « Je reste à la maison. » « Je ne sors pas. »
Je regarde la femme. Elle est pâle. Elle est seule. Et elle est si vieille.
« Tu as besoin d'aide ? » je demande. La femme regarde. Ses yeux sont gris, comme le chat. « Non, non, ça va », dit-elle.
Mais ça ne va pas. Ça ne va pas. Je vois bien. La femme est faible. Et elle est toute seule.
« Je peux entrer ? » je demande. La femme ne dit pas oui. Puis elle dit : « Oui. Entre. » Et j'entre dans la maison.
La maison est petite. Comme ma maison. Il y a une table. Et sur la table, il y a deux tasses.
Deux tasses ? Mais la femme est seule. « Une tasse pour moi », dit la femme. « Et une tasse pour Marcel. » « Qui est Marcel ? » je demande. « Mon mari », dit la femme. « Mais Marcel est mort. »
Je regarde les deux tasses. Une tasse pleine. Une tasse vide. Chaque jour, la femme met deux tasses. Une pour elle. Une pour Marcel. Oh, c'est triste. J'ai mal, ici, dans le cœur.
Le chat est là. Le chat gris. Il est sur une chaise. Il est calme.
« Bonjour, chat », je dis. Et cette fois, le chat parle. « Miaou. » Je suis contente.
Je fais un café. Un café pour la femme. Un café chaud. La femme aime le café.
Je suis à la table. La femme, le chat et moi. La femme parle. Et moi, j'écoute.
« Je m'appelle Inès », je dis. « Et moi, Yvonne », dit la femme. Yvonne. Enfin, je sais son nom. Enfin, je sais son nom !
« Tu es gentille, Inès », dit Yvonne. « Merci pour le café. » « Tu tapes à ma porte. » « Les gens ne tapent pas à ma porte. »
Ah, ces mots ! J'ai mal au cœur. Les gens ne tapent pas à sa porte. Une vieille femme, toute seule. Avec juste un vieux chat.
« Maintenant, je tape à ta porte », je dis. « Chaque jour. D'accord ? » Yvonne est contente. Un grand sourire.
« Oui », dit Yvonne. « Chaque jour. » « Viens chaque jour, Inès. » « Toi, moi et le chat. » « D'accord ? »
« D'accord », je dis.
Mais avant, je reste un peu. Yvonne parle de Marcel. Elle parle, et moi, j'écoute.
« Marcel aime le café », dit Yvonne. « Chaque matin, deux cafés. » « Lui et moi, à cette table. » « Maintenant, Marcel n'est pas là. » « Mais je mets sa tasse. Toujours. »
« C'est triste », je dis. « Oui », dit Yvonne. « Mais c'est doux. » « Marcel n'est pas là. Mais il est là, un peu. » « Dans sa tasse. Tu vois ? » « Oui », je dis. « Je vois. »
« Le chat a un nom ? » je demande. « Oui », dit Yvonne. « Il s'appelle Pomme. » Pomme. J'aime ce nom. « Bonjour, Pomme », je dis.
« Pomme est vieux », dit Yvonne. « Moi aussi, je suis vieille. » « Mais je suis encore là. » « Chaque matin, je sors. » « Chaque matin, je dis bonjour. »
« Et moi, je dis bonjour aussi », je dis. Yvonne est contente. « Oui, toi aussi, Inès. » « Chaque matin, toi aussi. »
Je regarde Yvonne et Pomme. Une vieille femme, un vieux chat. Dans une petite maison. Et maintenant, moi aussi.
Je vais à la maison. Il est tard. Mais je suis contente. Très contente.
Le matin d'après, c'est mardi. Je sors de ma maison. Je regarde à côté. Et Yvonne est là.
Elle est devant sa porte. Avec son café. Avec son chat. Comme avant.
« Bonjour, Inès », dit Yvonne. « Bonjour, Yvonne », je dis. Le chat est là. « Miaou », dit le chat.
C'est un petit matin. Juste un « bonjour ». Juste un café. Juste une vieille femme et un chat.
Mais maintenant, je sais son nom. Et maintenant, elle sait mon nom. Et chaque matin, je tape à sa porte. Toc, toc, toc.
Maintenant, je vais chez Yvonne. Il y a la table et les deux tasses. Mais quelque chose change. Yvonne met encore deux tasses. Une pour elle. Une pour Marcel.
Et puis, un jour, trois tasses. « Trois tasses ? » je demande. « Oui », dit Yvonne. « Une pour moi. » « Une pour Marcel. Et une pour toi. » Alors je reste. Et je prends mon café.
Yvonne, le chat et moi. Chaque matin. Trois tasses sur la table. Yvonne n'est pas seule. Et moi, je suis là.